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Pipof à la plage

Débuter le kitesurf à 40 ans : Partager le plan d’eau

Trouver le bon spot et attention aux zones de baignade en été

lundi 18 août 2014Christophe Guigueno

Vous l’avez remarquez, si vous êtes - ou pas - pratiquant, les kitesurfers ont l’instinct plutôt grégaire. Ils jouent souvent tous ensemble dans le même bac à mer, non loin du sable (ou de l’herbe pour les kiteux d’intérieur). Cela fait le spectacle, mais pourquoi donc naviguent-ils ainsi tous ensembles alors qu’ils ne régatent pas ?

La particularité du kitesurf est que son aile est reliée au navigateur par des lignes de 22 à 25 mètres de long. Et quand il faut préparer le matos avant de s’élancer sur l’eau, il faut de la place puisque l’on doit s’écarter de 25 mètres de son aile afin de la lever (et de la coucher lorsque l’on rentre). Cela demande donc beaucoup de place. Et ce genre d’endroit est plutôt rare sur les côtes de France et de Navarre.

Chercher le spot

Quand le vent se lève (au-dessus de 12 nœuds) et qu’il ne souffle pas de terre (très dangereux), tous les kiteux du coin cherchent la même chose : la bonne plage, bien orientée et avec assez d’espace pour décoller avant d’aller voler. Il faut donc, pour commencer un parking (pour les voitures) pas trop éloigné, une belle plage avec assez de largeur et pas d’objets contendants à proximité comme des cailloux, des galets tranchants ou des dunes farcies de chardons. Il faut aussi qu’en face de la zone de départ, il y ait de la place pour naviguer à plusieurs, en longueur si le vent est latéral, ou en largeur si le vent est offshore. Et sur l’eau, il ne faut pas d’obstacle comme des mouillages de bateaux, des bouées ou marques de chenal ou des parcs à huîtres… du coup, quand toutes les conditions sont remplies, le choix est limité et tout le monde se retrouve au même endroit quand le vent est de la partie…

Mais, parfois, ces plans d’eaux adaptés à la pratique du kite plaisent aussi à d’autres pratiquants. C’est le cas, par exemple, de la Petite Mer de Gâvres, plan d’eau plate parfait pour débuter et s’amuser. Mais ce plan d’eau est aussi une zone de protection spéciale pour les oiseaux. Les kitesurfers ont donc interdiction de naviguer dans la partie Est de la mer par marée haute. De l’autre côté de l’isthme, c’est une zone militaire qui file de la pointe Est de la petite mer jusqu’à la pointe Est de l’île de Groix. Cet espace sert de champ de tir pour la Marine nationale…

Neuf mois sur douze - comme les kitesurfers ne se regroupent qu’en cas de vent (et parfois de marée) navigable(s) - la concurrence avec les autres activités nautiques reste rare. Cela se passe d’ailleurs généralement bien avec les funboarders et il faut parfois faire attention aux pratiquants du longe-côte, cette nouvelle activité de marche en mer où seules les têtes dépassent… Mais l’été, c’est une autre affaire ! Avec les beaux jours et la hausse de la température de l’eau, voilà les baigneurs et… les zones de baignades !

"Interdit aux chiens, aux kites et au SUP" !

A l’ouest de Lorient, il y a de très belles plages situées de Ploemeur à Guidel. Hélas, l’hiver dernier, le sable a été déplacé par les tempêtes et les marées jusqu’à la ria de Guide-Plages. Du coup la belle plage de sable de Fort-Bloqué s’est transformée en plage de galets (neufs et donc non érodés) et d’algues vertes. Le retrait du sable a aussi divisé la plage en deux, coupées par une bande de cailloux qui émergent quasiment jusqu’à la marée haute. Et voilà que pour l’été, l’agglomération a placé ses deux zones de baignade surveillées. Choix étrange de la ville, il y en a une autre aux Kaolins mais vers le Nord, jusqu’à Guidel, il n’y en a plus… Or, c’est à Fort-Bloqué que l’on retrouve les conditions de mise à l’eau et de navigation quasi idéales pour le kitesurfer (expérimenté)…

Voilà donc des cailloux au Sud (côté fort), une bande dite de "chenal" (pour le pneumatique de la SNSM et ce qu’il reste de l’école de voile), une zone de baignade de 300m de large (après réduction), des cailloux et une autre zone de baignade avant les falaises au Nord…

  • Et comment font les kiteux ?
  • Et comment fait l’école de surf ?
  • Et comment font les nageurs ?
  • Et comment font les surveillants de baignade dans une zone si grande ?

Finalement, cet été, les autorités locales, en accord avec le club de kite du coin et la SNSM ont décidé de réduire la première zone protégée et d’offrir aux kitesurfers une zone de départ. Reste à ces derniers de respecter la zone de baignade. L’an passé, un bénévole de la SNSM ne trouvait pas mieux que de faire la chasse aux Stand Up paddle au fond de la zone, à fond les manettes à la barre de son pneumatique… Cet été, un compromis a semble-t-il été trouvé et l’espace est partagé avec l’école de surf et un moniteur de kite.

"La mer est à tout le monde… donc à moi !"

Un soir de juillet (il était 19h30), nous étions quelques-uns à tenter de profiter d’un thermique évanescent pour se dégager de la plage dans la zone de départ. Si certains n’avaient pas compris le sens des mots "zone de départ", il fallait aussi faire attention à quelques nageurs téméraires. Prenant l’initiative de demander à deux petites filles de se décaler de 20 mètres pour rejoindre la zone de baignade (plus surveillées après 19 heures mais protégée par ses bouées jaunes), cela a fait scandale. Un père vindicatif et aux oreilles bien dégagées est venu m’insulter et me rappeler que la plage et la mer sont à tout le monde… C’est d’ailleurs un argument que l’on retrouve souvent dans la bouche des uns et des autres, qu’ils soient kiteux ou non.

Des exemples comme celui-là, tous les kiteux en ont, comme ceux qui pratiquent d’autres sports marins. Mais avec la vitesse des kites en navigation, la place qu’ils prennent à terre et le peu de zone qui leur permettent de se mettre à l’eau, le phénomène est amplifié pour la pratique de ce sport… Et cela ne peut s’arranger avec l’augmentation du nombre de pratiquants. Un espoir quand même, le développement de la pratique du kitefoil qui ouvre des horizons plus lointains que la navigation dans les 10cm d’eau de mer au bord de la plage. Et peut-être un peu plus de compréhension de ce sport de glisse par les béotiens et un peu de remise en question de certains pratiquants.



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