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Team Banque Populaire

Loïck Peyron : "Le "ré-apprentissage" accéléré du multi en solo est ce qui me prend le plus de temps"

"Sodebo et Thomas Coville semblent constituer le duo le mieux adapté à l’exercice"

vendredi 10 octobre 2014Redaction SSS [Source RP]

Le 22 août dernier, Loïck Peyron recevait l’appel téléphonique du Directeur du Team Banque Populaire, Ronan Lucas, lui offrant de reprendre au pied levé la barre du Maxi Trimaran Solo Banque Populaire VII, en lieu et place d’Armel le Cléac’h, blessé à la main. Après mûre réflexion, le cadet des Peyron acceptait de relever le plus grand défi de sa riche carrière, disputer la Route du Rhum à bord de l’un des plus grands trimarans de course au monde.

Moins de deux mois plus tard, et à seulement trois semaines de l’échéance Malouine, Loïck est à l’heure dans sa préparation accélérée. Parfaitement en confiance avec la machine, en phase avec l’équipe technique du bateau, ravi de collaborer avec une exceptionnelle cellule météo à terre composée de Marcel van Triest et d’Armel le Cléac’h, Loïck Peyron refait ses gammes non seulement de navigateur en solitaire, mais de sportif de l’extrême mentalement conditionné pour l’exploit. Petit rapport d’étape en mode espiègle d’un Loïck Peyron visiblement très à l’aise dans ses docksides.

Plus de 6 000 milles au compteur

« Ma première navigation à bord du Maxi Trimaran Solo Banque Populaire VII date du 3 septembre dernier. En un mois, on a déjà couvert, qualification comprise, pas loin de 6 000 milles, dont 1 000 en vrai solo, et le reste en équipage réduit. Ce n’est jamais suffisant, mais c’est mieux que rien. Je ne relève aucun soucis technique car l’équipe a parfaitement travaillé. Il ne reste vraiment qu’un peu de bricoles à faire. »

Gérer la très haute vitesse

« Le "ré-apprentissage" accéléré du multi en solo est ce qui me prend le plus de temps ; naviguer en trimaran, en solo, et à grande vitesse est un exercice de haut vol qu’on a tendance à oublier. On n’oublie pas la vitesse mais on oublie comment se gérer à haute vitesse dans la durée, notamment en ce qui concerne le sommeil. Il me faut réapprendre à dormir en faisant confiance aux pilotes. J’ai pris le bateau en main malgré sa taille un tantinet rebutante. Ca, c’est fait ! »

Un jeune homme de 55 ans

« Physiquement, je me suis remis un peu au vélo, pour travailler le foncier, et je fais un peu de gainage. Je ne fais pas de musculation ; je n’en ai jamais fait, mais un peu de préparation physique pour éviter les blessures. Il s’agit de bien gérer le peu de muscles que j’ai (rires). Je ne suis pas le perdreau de l’année, mais je suis encore en forme. Certaines manœuvres sont plus pénibles qu’il y a 20 ans, et je les accomplirai moins vite qu’un petit jeune, mais avec l’anticipation et l’expérience, cela devrait passer. »

Du vélo en mer

« Le vélo embarqué s’avère très intéressant. On a beaucoup travaillé ce poste en quelques semaines car j’y porte un peu plus d’intérêt qu’Armel, motivé par Jean Baptiste Le Vaillant, grand cycliste devant l’Eternel. Les cuisses sont à l’évidence plus fortes que les bras, et c’est agréable sur certaines manœuvres d’utiliser ce vélo. Cet effort singulier avec les jambes s’avère positif pour certaines manœuvres, les plus constantes en terme de charge, comme pour hisser la GV, ou gérer les foïls et les dérives… l’alternance entre bras et jambes est une excellente formule… mais dans l’idéal, il faudrait que j’embarque un cycliste avec moi… »

Une cellule météo à terre de luxe !

« Je n’ai simplement pas le temps de refaire un stage météo chez Bernot ou Lasnier… donc je fais grande confiance en ce que je suis sensé connaitre, et en Marcel (van Triest) et Armel (Le Cléac’h). J’ai une confiance absolue en eux… un vrai luxe ! A "mon époque", il n’y avait pas routage, c’est donc une nouvelle expérience pour moi et j’en suis ravi. C’est indispensable pour un bateau de cette taille. »

Un Maxi tri rassurant

« Le Maxi trimaran Solo Banque Populaire VII est très rassurant. La même proposition de mener en solo sur la Route du Rhum un trimaran plus petit, y compris un MOD 70, ne m’aurait pas intéressé. Le bateau est physique parce que large, mais c’est cette même largeur qui le rend rassurant et moins stressant. Son couple de redressement est incomparable. Ce bateau est étonnant ; il n’a pas été conçu pour le solitaire, et à l’arrivée, il s’avère être exactement à la bonne taille. Il y a 8 ans, c’était une réflexion inenvisageable, mais aujourd’hui, il est parfaitement adapté au solitaire. »

Un œil sur la concurrence

« Je regarde un peu la concurrence. Nous avons navigué récemment face aux MOD, et j’ai été rassuré du peu d’écart entre nous dans un régime de vent qui leur était favorable. Sodebo et Thomas Coville semblent constituer le duo le mieux adapté à l’exercice. »

Dernières mises au point

« Il reste pas mal de petites navigations de mise au point à effectuer d’ici le départ, des calages de polaires de vitesse notamment. Il faut affiner le tir de façon à ce que les logiciels de routage soient les mieux calés possible. On affine les réglages des pilotes… Je suis rassuré sur ce point, car ils sont primordiaux en solo. On leur demande beaucoup depuis quelques années, et leur comportement exige des réglages très fin. On en apprend tous les jours, pour déterminer comment les utiliser. On affine aussi le matériel de rechange bien que le paradoxe sur ce bateau géant est que la taille des pièces interdit pratiquement toute grosse réparation en solo et en mer. Il n’est donc pas nécessaire d’embarquer trop de "spare". »

Une logique de confiance

« Je suis totalement dans une logique de confiance… Nos dernières sorties dans des conditions météos plus musclées se sont montrées intéressantes. Je travaille sur ma confiance en visualisant nuit et jour mes manœuvres, et les scenarii probables. Je revis tous les départs, les ennuis à venir… j’ai toujours agi comme cela… je ne me remets pas en cause, mais je vis une situation exceptionnelle. Je vis un rêve, je réalise un rêve comme lors de ma première Mini, de mon premier "Rhum", de mon premier Vendée ou la Coupe de l’America. J’ai accepté le challenge, et je suis comme un ancien pilote de F1 qui se retrouve sur un engin encore plus rapide. Je poursuis un travail intérieur depuis cette décision, pour conforter ma capacité à réaliser cette mission. Je me replonge dans des structures mentales que je n’ai plus connues depuis 2002. Je retrouve un mode de navigation exceptionnel, pour lequel je me mets en condition mentale exceptionnelle. »


Voir en ligne : Info presse voile.banquepopulaire.fr



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