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Pipof à la Plage

Débuter le kite après 40 ans : "Tribord amure, roi des mers"

Quand madame refuse des tribords et monsieur enchaîne les manoeuvres d’intimidation

vendredi 26 juin 2015Christophe Guigueno

"Tribord amure, roi des mers" ! Voici une maxime on ne peut plus claire. Evidente pour celles et ceux qui ont régaté en dériveur ou gros bateaux ; évidente en terme de sécurité pour toutes celles et tous ceux qui ont navigué à la voile en croisière ; évidente pour toutes celles et tous ceux qui pratiquent le kitesurf... Enfin presque !

Les faits se sont déroulés sur mon spot favori, celui de Fort-Bloqué / Guidel, dimanche et lundi derniers. Voilà un an et demi que j’ai débuté le kitesurf et je prends désormais plaisir à tirer des bords, remonter au près... et je commence à tester des mini-sauts.

Le spot de Fort-Bloqué est un spot compliqué où le vent est souvent orienté à l’ouest, soit complètement offshore. Avec un clapot irrégulier et souvent de la houle, il impose un certain niveau pour se dégager du bord et naviguer au-delà de la bande des 300 mètres où un kite ne doit pas dépasser les 5 noeuds comme nous l’ont rappelé les trois gendarmes maritimes venus dimanche contrôler quelques vitesses.

J’ai donc enfin atteint ce niveau mais j’ai gardé mes habitues acquises en Laser : je navigue toujours avec des gants et un gilet (celui que j’utilisais en kayak qui possède une poche pour une petite bouteille d’eau). Et je fais aussi partie des rares à porter un casque (tant pour la sécurité que pour protéger mon crâne du soleil ;-) ). Cette allure doit me faire passer pour un débile pour certains qui pensent être prioritaires (voire propriétaires) sur le plan d’eau en toute occasion.

"Quand on ne sait rien on se tait !"

Dimanche donc, après trois refus de tribord de la part de la même personne, sur le même plan d’eau et quasiment en même endroit la semaine précédente, j’ai suivi les conseils de mon coach en kitesurf et au 4e refus, j’ai signalé à cette personne en levant un bras et criant "tribord !" que j’étais prioritaire. Je n’aurais pas du...

Pour celles et ceux qui pratiquent le kite, remonter au vent est compliqué. Le twin-tip n’est pas un quillard de la Coupe de l’America ! Un kite remonte à... 80° du vent ? Quand on est tribord amure et que l’on navigue au près "serré", si un autre kitesurfer arrive de face, en route collision, bâbord amure, on lève sa voile et on s’attend à ce qu’il (ou elle) manoeuvre en bon marin.

L’aile étant distante de 24 mètres du kitesurfer, cela demande donc une vraie manoeuvre d’évitement. C’est d’ailleurs la règle de sécurité n°1 que la FFVL (la fédération de vol libre qui gère la pratique du kitesurf en France - ce sont les fédés de voile dans les autres pays) qui le rappelle tous les ans en envoyant une plaquette aux clubs de kite. La dame qui m’a refusé ces tribords n’avait pas du les lire. Son commentaire ("Quand on ne sait rien on se tait !") est on ne peut plus étonnant.

"Je considère que, comme tu navigues encore avec un leash, que tu n’est pas autonome !"

De retour à terre, c’est le mari que je croise. Explications. Il a vu la scène et mais il estime que je suis un débutant je n’ai rien à dire. Sic ! Il admet quand même que j’étais tribord. Ouf ! Mais selon lui, le kitesurfer bâbord peut se permettre de "croiser à raser le kitesurfer tribord". Ah bon ? On est en régate sur un parcours olympique ? Ou de simples sportifs plaisanciers pratiquant un sport fun et physique à proximité des plages ?

Suite de ce dialogue de sourds, sur le même plan d’eau, le lendemain. C’est lundi. Madame n’est pas là. Monsieur navigue tout comme moi afin de profiter ce ces rares journées de vent en début d’été (et avant que la zone réservée aux baigneurs ne prenne toute la place pour deux mois). Le début se passe bien. Monsieur part au large. J’enchaine les bords à 500 mètres de la plage, au niveau de la pointe du fort (qui n’est pas bloqué puisque c’est marée basse).

Mais au bout d’une heure, monsieur se dit qu’il est temps de me donner une leçon et vient me courser, bâbord amure. Il ne tarde pas à me rattraper et quand on arrive à proximité des cailloux et que je dois forcément faire demi-tour (et crier "de l’eau !" ?), je me retourne pour évaluer sa proximité et ce sont les ailerons de son twin-tip que j’aperçois. Monsieur vient de sauter à 4/5 mètres de haut, à moins de 10 mètres de moi (je suis généreux) pour enchaîner son changement d’amure. Mais, c’est quoi la règle de sécurité n°2 de la FFVL ?

Comme le montre cet encart des consignes de sécurité de la FFV, la règle n°2 dit que le rattrapé est prioritaire. Le rattrapant doit donc manoeuvrer en bon marin pour ne pas gêner le rattrapé. Et encore moins l’agresser. En football, on appellerait cela un "pied levé" à la limite du "tacle pied en avant". Carton rouge !

2 règles de sécurité de la FFV

Le document de la FFV est pourtant clair et net : il présente deux règles de sécurité, - et deux seulement - que tout kitesurfer se doit de respecter afin d’éviter les abordages en mer et montrer qu’il (ou elle) respecte les autres pratiquants :
- 1 : croisement : "tribord amure, roi des mers"
- 2 : "rattrapé prioritaire".

Ensuite, il y a des "attitudes à respecter" comme "quand on se croise, celui qui est sous le vent baisse son aile". Une attitude qui ne suffit pas quand il y a route de collision, pourtant rare en kite, mais qui se produit quand le bâbord amure vient chercher le tribord qui navigue au près serré alors obligé à lever son aile et à s’arrêter pour éviter le choc ou l’entremellage des ailes. Ensuite, il y a "la zone libre sous le vent", "le rider qui part de la plage est prioritaire" et, en dernier, "celui qui surfe une vague a priorité" (NB : mais pas celui ou celle qui navigue sur un surf).

Voilà donc une expérience bien désagréable vécue sur un plan d’eau où certaines et certains se croient sans doute supérieur(e)s aux autres et peuvent donc imposer leur loi. Un refus de tribord du à une erreur d’évaluation des trajectoires ou à une adonnante/refusante surprise peut arriver. Il suffit d’être attentif et, d’un geste de la main, on s’excuse auprès du rider croisé. Et le débat est clos. Pourtant, dénégations et manoeuvres d’intimidation ont suivi. Alors, comme on dit dans l’Education nationale, monsieur et madame auront la bonne idée de copier cent fois les règles de priorité et les attitudes recommandées par la FFVL afin de les apprendre et, au prochain croisement (à distance respectable), tout se passera bien. Merci.



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