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Fabrice Amedeo : "Michel Desjoyeaux m’avait dit que le Vendée Globe, c’est une emmerde par jour"

samedi 18 février 2017Redaction SSS [Source RP]

Après 103 jours 21 heures et 01 minute de mer, Fabrice Amedeo a bouclé ce samedi son premier Vendée Globe, en coupant la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne à 10 heures 03 minutes. Une superbe performance pour le skipper de Newrest-Matmut, deuxième bizuth de cette édition, qui met un terme à une aventure « incroyable ». Retour sur un parcours jalonné de difficultés et de moments intenses.

Ce samedi matin, sous le soleil hivernal des Sables d’Olonne, Fabrice Amedeo a bouclé son premier Vendée Globe, devenant le deuxième bizuth de l’épreuve à en terminer. Un large sourire barre son visage, lui qui a savouré ses retrouvailles avec sa famille et ses proches. « C’est un beau Vendée Globe », sourit-il après presque 104 jours de mer, un mois après le vainqueur, Armel Le Cléac’h.

« L’aventure était incroyable : j’ai appris des choses pendant toute la course. J’ai connu des hauts et des bas, notamment dans le Sud. Ca a été un bonheur de passer le Cap Horn. Certes, la remontée a été difficile. Là, je me sens porté par le bonheur de l’arrivée. »

Pour celui qui a fait de l’écriture son métier, les mots peinent à venir, tant l’émotion est forte : « de voir toute cette foule, c’est vraiment beau ! ». Dans l’effervescence du chenal, il donne déjà rendez-vous aux milliers de curieux venus saluer sa prestation ce samedi : « la seule chose que je souhaite, c’est d’être au départ dans quatre ans ! » Retour sur une aventure qui le fait entrer dans le cercle très fermé des marins ayant bouclé le Vendée Globe.

SON ETAT D’ESPRIT

Avant de réaliser son premier tour du monde, il y avait chez le skipper un mélange d’excitation et d’appréhension, lui qui n’a jamais caché son admiration pour ceux qui s’élançaient à ses côtés. Ces marins, il les côtoie depuis plusieurs années déjà, alors qu’il était, il y a deux ans encore, journaliste au Figaro. « Avant, j’étais à votre place » lâche-t-il amusé en conférence de presse aux journalistes venus nombreux couvrir l’événement. Pourtant, Fabrice a franchi les étapes progressivement - Solitaire du Figaro, Transat AG2R, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, New-York/Vendée - avant de se lancer dans ce défi de géant.

« Naviguer en bon marin » est un de ses leitmotivs les plus récurrents, sur terre comme en mer. Quelques jours après son départ, il confie :

« j’ai passé un deal avec mon bateau. Je lui ai dit : ‘je prends soin de toi, je ne te fais pas mal et tu prends soin de moi’. « Je n’ai jamais pensé à abandonner, malgré les difficultés. Michel Desjoyeaux m’avait dit que le Vendée Globe, c’est une emmerde par jour. Il n’a pas tort ! Tous les jours, j’ai fait des choses qui étaient hors de ma portée. Le plus dur, c’est le mental. Je n’avais pas mesuré à quel point c’est vrai. »

SA COURSE

Après un début de course maîtrisé lors de la descente de l’Atlantique, Fabrice est ralenti par l’anticyclone de Saint-Hélène avant de batailler lors de son entrée dans l’océan Indien, où il doit faire face à une succession de dépressions. Des conditions rudes, marquées également par une chute brutale des températures, et un bateau à ménager. Après avoir dû composer avec une voile bloquée en haut du mat, sa grand-voile se déchire mi-décembre alors qu’il déboule dans les mers du Sud.

Une nouvelle fois, il parvient à réparer pendant la semaine de Noel, s’offrant le plus beau des cadeaux pour continuer son périple. Deux jours plus tard, changement d’ambiance : le skipper doit sacrifier son gennaker alors qu’il fait face à l’une des plus grosses dépressions depuis le départ. Les mers du sud le poussent en effet dans ses retranchements et l’obligent à une attention de tous les instants.

« Je ne les imaginais pas aussi rudes, confie-t-il. Les dépressions y sont beaucoup plus puissantes, l’eau est froide, les nuits sont courtes. On est là où le commun des mortels ne va pas. »

Avec patience et abnégation, parfois à plus de 45 nœuds, Fabrice parvient à s’en sortir, lui qui franchi le Cap Horn pour la première fois de son existence le 16 janvier. « C’est un grand moment de ma vie » explique-t-il alors.

Mais la course est loin d’être finie et la remontée de l’Atlantique est longue et éprouvante, d’autant que Fabrice doit rationner sa nourriture. « J’ai été un peu naïf : je suis parti avec beaucoup moins que prévu » explique-t-il fin janvier, à la latitude de Rio de Janeiro. Pourtant, il fait front sur « l’autoroute du nord vers la maison » malgré une météo capricieuse. « Je ne pensais pas que ce serait si dur de remonter les alizés. » Mais Fabrice se dit « renforcé » et « plus fort mentalement » par les péripéties qu’il a déjà traversées. De quoi lui donner le courage et la détermination pour franchir la ligne d’arrivée et mettre un terme à la plus exaltante aventure de son existence.

« Je me suis enregistré tous les jours avec un dictaphone. J’ai envie d’en faire un livre, de mettre des mots sur cette aventure incroyable ».

SON QUOTIDIEN. Un partage à tout prix !

La solitude n’est pas un frein au partage, bien au contraire. Même au milieu des éléments, le skipper de Newrest-Matmut échange sans compter, par écrit, sur les réseaux sociaux ou par vidéos. Ses satisfactions, ses moments de bonheur, ses états d’âmes, ses doutes… Et puis il y a ces bulles de légèreté, ces vidéos envoyées comme des bouteilles à la mer qui donnent aux curieux restés à terre un aperçu de la vie en mer : un rasage au milieu de l’Atlantique, une douche dans les mers du Sud ou une nouvelle coupe de cheveux en longeant les côtes brésiliennes. Le tout avec en fond sa playlist, ces titres qui l’ont accompagnés tout au long de son périple et ont contribué à l’adhésion du public. Il y a l’incontournable Guns’N’Roses ou encore un fameux « You’re My Heart, You’re My Soul » chanté et dansé torse nu avant d’affronter les mers du sud.

L’HISTOIRE. Une amitié née au fil de l’eau

Dès le premier soir, ils étaient bord à bord. Fabrice Amedeo et Arnaud Boissières ont vécu ce tour du monde le plus souvent côte à côte. Au cap Finisterre, au franchissement de l’équateur et même au passage du Cap Horn (seulement quatre heures séparaient les deux hommes), Newrest-Matmut et La Mie Câline ne se sont pas lâchés. Une proximité qui a créé, au fil des jours, une solide relation d’amitié.

« Après le passage de l’équateur, on a commencé à échanger » expliquait Fabrice mi-janvier. « Je dois même avouer que lorsque je n’ai pas mon petit email de Cali (le surnom d’Arnaud Boissières), ça me manque ! ».

Arnaud, lui, a qualifié Fabrice « d’ange gardien ». « Nous avons veillé l’un sur l’autre » corrobore le skipper Newrest-Matmut. Arnaud Boissières est arrivé vendredi aux Sables-d’Olonnes, un jour avant que Fabrice ne connaisse la même joie.


Voir en ligne : Info presse www.reportersdularge.com



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