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#TJV2015

François Gabart : "C’est la première course du trimaran Macif et c’est sa première victoire"

Pascal Bidégorry : "François a un nouveau jouet exceptionnel, on n’en a pas encore tiré toute la quintessence"

samedi 7 novembre 2015Redaction SSS [Source RP]

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La victoire en classe Ultime de François Gabart et Pascal Bidégorry s’appuie avant tout sur une trajectoire optimisée et une gestion raisonnée d’un trimaran tout juste mis à l’eau deux mois avant le départ du Havre. Retour sur un parcours de douze jours et 17 heures à plus de vingt nœuds de moyenne sur l’eau…

Prendre en main un trimaran de trente mètres n’est pas une mince affaire, mais quand la mise à l’eau ne dépasse pas neuf semaines avant le coup de canon d’une transat de 5 400 milles, cela tient du défi ! L’équipe technique de MACIF continuait d’ailleurs à optimiser le nouvel Ultime au Havre, juste avant le baptême en grande pompe dans le port normand. Alors au coup de canon, tout le monde s’interrogeait sur les performances de ce nouveau plan VPLP et de sa fiabilité alors que le mauvais temps était annoncé à la sortie de la Manche…

Temps forts

Or quelques heures après le signal de départ, plusieurs questions avaient déjà trouvé leur réponse : MACIF était très à l’aise dans les petits airs puisqu’il virait en tête la bouée Conseil Départemental de Seine Maritime devant les falaises d’Etretat ! Et quand la brise commença à rentrer au large de la presqu’île du Cotentin, le duo Gabart-Bidégorry tenait tête à Sodebo Ultim’ au passage de La Hague… Avec le vent de sud-est qui rentrait à plus de vingt nœuds, la Manche était avalée dans la nuit et déjà Actual au large des côtes normandes, puis Prince de Bretagne après le passage de Ouessant étaient décrochés. Le premier temps fort arrivait un peu plus de 24h après le coup de canon libérateur quand les deux Ultime leaders affrontaient leur premier front au large du golfe de Gascogne : la mer était déjà nettement plus dure, plus sollicitante pour la structure et le vent montait à plus de 25 nœuds.

Le duo était toujours dans le tableau arrière de Sodebo Ultim’ au passage du cap Finisterre, bâbord amures sur le côté où le trimaran n’avait pas de foil. Et pourtant, le tandem Gabart-Bidégorry ne concédait pas trop de terrain dans ce bord vent de travers le long du Portugal. Il n’y avait pas d’autre option que de plonger plein Sud, même si cela écartait sensiblement les duellistes de la route directe : il fallait piquer sur les côtes marocaines pour éviter une bulle sans vent qui s’installait sur Madère… Et l’écart au leader qui était monté à 70 milles devant Lisbonne se réduisait à une trentaine de milles en débordant les Canaries par l’intérieur. Une bataille d’empannages plus loin, du côté de Nouakchott, les deux trimarans se recadraient dans l’ouest pour éviter l’archipel du Cap Vert et pour atteindre le point de bifurcation vers le Pot au Noir.

Sortie de Pot

C’était aussi un point névralgique et MACIF montrait alors sa capacité à descendre plus bas que son concurrent dans ce vent de nord-est, un gain de près de 10° probablement en rapport avec l’absence de foil sur le côté bâbord… L’équipage empannait en même temps que Sodebo Ultim’ et se retrouvait trente milles plus à l’est et surtout en tête au classement, une position qu’il gardera jusqu’à l’arrivée. 36 heures plus tard, le Pot au Noir ralentissait brutalement les deux trimarans géants et MACIF se démarquait de son adversaire qui partait vers le sud-ouest quand il restait le plus possible sur la route directe.

L’écart qui n’excédait pas quelques milles à l’orée de la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) atteignait trente milles quand le nouveau trimaran touchait en premier les alizés de sud-est, et plus de 80 milles au passage de l’équateur. La suite était donc presque écrite parce que les deux concurrents devaient suivre quasiment la même trajectoire : le vent tournait progressivement du sud-est au nord-est en se rapprochant des côtes brésiliennes. Et justement devant Recife, Sodebo Ultim’ plus près des rives, se faisant accrocher par un nuage qui lui coûtait un paquet de milles ! Devant Salvador de Bahia, l’écart culminait à 250 milles…

La dernière difficulté stratégique concernait le virage à droite au niveau du cap Frio, avant d’entrer dans le golfe de Rio de Janeiro. François Gabart et Pascal Bidégorry choisissaient de contourner largement la pointe brésilienne pour passer d’un régime de vent de nord à un flux de sud-est sans risquer de s’engluer dans la bulle sans vent au large de la ville olympique. Certes MACIF perdait un peu de terrain mais il s’assurait d’une bonne brise portante pour le rush final. Et même si le vent était particulièrement léger aux abords du port d’Itajaí, il n’était plus possible à Sodebo Ultim’ de combler son retard. Les deux équipiers arrivaient ainsi au Brésil avec près de cent milles de marge sur Thomas Coville et Jean-Luc Nélias. Après 12 jours 17 heures 29 minutes, MACIF coupait la ligne en vainqueur de la classe Ultime alignant une moyenne sur l’eau de 20,75 nœuds ! Un premier test grandeur nature qui démontre que ce nouveau trimaran géant est non seulement bien né, mais qu’il en a encore sous le pied…

Et pendant ce temps-là, entre les Canaries et Recife

Alors que le Class40, Le Conservateur navigue collé dans le Pot au noir à 4 nœuds de moyenne depuis 4 heures, le suspense perdure entre V and B et Carac-Advanced Energies séparés de 4 petits milles. Autant dire que la Zone de Convergence Intertropicale qu’ils devraient atteindre dans quelques heures sera décisive. Solidaires en Peloton ARSEP est repartis hier soir à 22h30 après une escale de 24h, et va pouvoir continuer à batailler avec TeamWork 40… Du côté des Multi50, FenêtréA Prysmian conserve son matelas d’avance de 435 milles sur Arkema désormais 50 milles devant CIELA Village. MACSF a pris l’avantage sur le groupe des derniers IMOCA 60, tandis que PRB a continué de creuser son écart cette nuit sur Banque Populaire VIII. Il y aura du match jusqu’au bout pour toutes les catégories de la 12e Transat Jacques Vabre !



Ils ont dit à leur arrivée

François Gabart, skipper de Macif (Ultime) : « Génial, c’est formidable, c’est la première course du trimaran Macif et c’est sa première victoire. On ne pouvait pas rêver mieux. Ce bateau reste extraordinaire, je l’aime déjà. Partager tout ça avec Pascal, ce n’était que des des moments forts. »

Pascal Bidégorry, co-skipper de Macif (Ultime) : « Il y a tout un tas de souvenirs. François a un nouveau jouet exceptionnel, on n’en a pas encore tiré toute la quintessence. Nous avons découvert le bateau tous les jours. Une transat Jacques Vabre, c’est toujours super, le parcours est magnifique, partager cela avec quelqu’un c’est super. Là, c’était vraiment bien d’être en double, car tout seul ça aurait été compliqué. Arriver premier ici, c’est formidable, dire que cela fait dix ans que j’avais gagné la Jacques Vabre avec Lionel Lemonchois… »

François Gabart : « Nous n’avons pas eu beaucoup de problèmes techniques, c’est exceptionnel pour un bateau neuf. Je ne m’attendais pas à ça, je pensais que ça serait plus compliqué. Je remercie l’équipe, après deux ans de travail. Deux mois après la mise à l’eau, on gagne, c’est fantastique. Bravo à eux, nous, on a fait que la fin du boulot ! Ces deux derniers jours, de l’eau est rentrée par le tube du safran central, dans la zone arrière du bateau qui mesure 3 m. On a rentré 5 000 ou 6 000 litres d’eau. Et derrière, il y a les pilotes automatiques. On a réussi à vider. Et cela nous a mis dans le rouge.

C’est d’autant plus fort cette victoire, parce qu’il y a deux ans avec Michel (Desjoyeaux), on a cassé le mât au niveau de Salvador de Bahia. Et là, j’y suis arrivé. Avec Pascal, c’était top ! On a bien fonctionné en fonction des capacités de chacun, on était très complémentaires. Nous n’avions pas de doutes au départ, mais on ne se connaissait pas vraiment. »

Pascal Bidegorry : « J’ai une image : quand on est passé devant Guernesey, on a pris une grosse patate au reaching à 125 ° du vent. Le bateau est monté à 40 nœuds ! Une autre image, c’est quand on « jibe » à l’intérieur de nos amis Sodebo juste avant le Cap Vert. C’est un moment déterminant dans la course. Avant cela, nous avons super bien navigué alors que c’était le côté où nous n’avions pas le foil. Nous avions trouvé les bons réglages, nous avons été opportunistes. Et puis, il y a eu le décalage dans l’est à la sortie du pot, c’était du pur bonheur. On était au reaching à 30 nœuds. Avec les petites « emmerdes » qu’on a eu sur la fin, Sodebo n’aurait pas été loin, ça aurait été compliqué pour nous. Parce que cela fait 48h qu’on se bat un peu. A 0,8 mille de l’arrivée, notre gennaker est tombé sur le pont, boum ! Quelque part, il faut un peu de réussite. Le bateau est bien né, il n’y a aucun problème de structure, c’est un bateau super sain. »

François Gabart : « On commence à fatiguer un peu ! Même si on a su gérer les bonshommes sur la machine. »

Pascal Bidegorry : « On peut dire que nous avons tourné des manivelles ! Je pense que j’ai pris du biceps ! »



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