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Vincent Riou : "Une 4e place à la Route du Rhum, ce n’est pas un drame"

samedi 17 novembre 2018Redaction SSS [Source RP]

Vincent Riou prend la 4e place de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. Il a franchi la ligne d’arrivée à 14h 21’ 8 secondes après 13 jours 00 heure 21 minutes et 8 secondes. Il a parcouru 4 544 milles à la vitesse de 14,55 nœuds de moyenne.

C’est vers 10 heures (heure locale) que Vincent a amarré son PRB au ponton devant le Mémorial Acte de Pointe à Pitre marquant ainsi la fin d’une course éreintante. A bord, l’équipe technique s’affairait déjà et le silence régnait. Puis Vincent s’est approché vers les caméras et les micros tendus… Faisant d’abord une blague sur les énormes pare-battages désormais nécessaires pour écarter les foils du ponton : « Ca crée de la distance ces pare-batt’ ! Il faut que j’arrive à ma rapprocher de vous ». Il aura fallu plusieurs secondes pour comprendre que ces quelques mots cachaient en fait une émotion très forte…

Après un long silence, la gorge nouée et caché derrière ses lunettes de soleil, Vincent a laissé couler ses larmes en racontant sa course… Une course dont il ne voulait pas, une course qu’il n’avait pas imaginée comme cela. Totalement exténué et submergé par l’émotion, il a raconté sa déception de finir 4e d’une Route du Rhum où il a dû sans arrêt repousser ses limites. Privé d’une partie de son électronique dès la deuxième nuit de course, Vincent a expliqué qu’il avait été contraint de naviguer « contre nature ». « Je me suis arraché pour exister dans la course. Ce n’est pas un drame cette quatrième place même si je ne suis pas trop habitué à ça. Mais je n’étais pas venu pour ça. J’avais des prétentions je pense justifiées. J’ai choisi de me battre jusqu’au bout pour arriver ici sans regret » a-t-il expliqué.

Cette Route du Rhum remportée hier par Paul Meilhat aura été extrêmement exigeante envers les marins comme envers les bateaux. Vincent, pour sa quatrième participation, peut être fier d’avoir assuré sa traversée et d’avoir amené son monocoque jusqu’au bout d’une course mythique.

Récit, les larmes aux yeux, d’un marin qui a fendu l’armure à l’arrivée d’une Route du Rhum d’exception.

DECLARATION DE VINCENT RIOU AU PONTON :

Au sujet de sa course :

« C’est directement mes ennuis qui m’ont amené à naviguer un peu contre nature car je ne navigue pas comme ça d’habitude.

Je suis content d’être arrivé. Je suis content que le calvaire se termine car là, ça a été hyper dur… Je ne regrette rien car je suis allé au bout, je n’ai rien lâché.

La dette de sommeil, c’est un accélérateur d’émotion incroyable… Quand on n’a pas dormi ou qu’on est fatigué comme ça, c’est compliqué. On peut passer du rire aux larmes en quelques secondes. Ça fait partie du jeu, on le sait.

Moi j’ai plutôt l’habitude d’être dans la maîtrise, du sommeil et de toutes ces choses-là. Là rapidement, je n’ai pas eu d’autre choix que de m’arracher pour essayer d’exister dans la course. Maintenant c’est sûr, il y en a plein qui aimeraient être à ma place, ce n’est pas non plus une catastrophe. Une 4e place à la Route du Rhum, ce n’est pas un drame. Même si je ne suis pas trop habitué à cela, ça fait partie du jeu. Mais c’est vrai que je n’étais pas venu pour cela. J’avais des prétentions, je pense justifiées, j’avais fait un joli début de course mais ensuite quand on rentre dans la spirale infernale, c’est compliqué. Tous les jours on a le choix de laisser courir ou d’essayer de se battre jusqu’au bout et le dilemme n’est jamais simple. On est avant tout compétiteur et avant tout formaté pour arriver, comme j’arrive ici ce matin, sans regrets et en ayant fait tout ce que je pouvais. »

Au sujet des problèmes techniques rencontrés :

« Quand on a traversé la première dépression dans le Golfe de Gascogne, on a eu du petit temps. Et quand on est sorti dans le front froid derrière avec Paul (Meilhat), je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la nuit mais à un certain moment j’ai perdu mes aériens. Pourtant ils sont toujours en haut du mât mais ils ne produisent plus d’informations. Je ne sais pas s’il y a eu la foudre derrière le front ou s’il s’est passé autre chose … Mais du coup, je me suis retrouvé à simplement me débrouiller avec un pilote automatique branché à un compas et le bout de mon nez pour savoir d’où vient le vent, à quelle vitesse, quelles voiles il faut mettre, quand le vent tourne à droite, à gauche… J’avais déjà fait une demie Transat Jacques Vabre comme ça et ça avait été super dur… alors qu’on était deux… Tout seul, ça a été une catastrophe. Ça ne s’est pas trop mal passé au début et puis il y a 3 ou 4 jours, j’ai fini par me casser la figure en pleine nuit en ayant fait un cocotier dans mon spi. J’ai à moitié tout cassé sur le bateau. Il a fallu ensuite que je réduise un peu la voilure.

Nous avons des bateaux très rapides dans lesquels on navigue très protégés, où on a des sensations certes mais si nous n’avons pas nos repères liés à ce qui capte l’environnement autour, c’est quand même compliqué de naviguer avec ces bateaux… »

Au sujet d’un arrêt possible :

« J’ai regardé tout de suite s’il y avait des arrêts possibles mais il n’y avait rien qui était gérable. J’ai déjà gagné des courses en faisant des pit-stop, ça marche mais là il n’y avait rien, il n’y avait pas d’ouverture. Cela voulait dire forcément tuer la course d’entrée. Et tuer la course le 2e jour, ce n’était pas envisageable. »

Au sujet de la course de Paul Meilhat :

« Paul a eu le nez fin ! La 2e nuit quand il m’a suivi et qu’on a traversé le front tous les deux. Tout le monde faisait du sud-ouest et nous on faisait du nord-ouest. Je ne sais pas s’il avait regardé la photo sat… Quand j’ai croisé Paul, il m’a enfilé mon tableau arrière et il ne m’a plus lâché. Il a super bien navigué. Il a déroulé la copie proprement. Entre le mauvais temps, la grosse mer du début et le vent arrière de toute la fin de course, ça ne servait à rien d’avoir des foils. Ce n’est pas souvent que ça arrive mais ça ne servait pas à grand-chose. Paul a prouvé qu’il y a encore quelques conditions dans lesquelles on peut faire sans foils même si ce n’est pas notre avenir à tous. Il a fait une super belle course. Quand Yann (Eliès) est revenu, il n’a jamais décroché. Il a vite compris qu’il n’irait jamais aussi vite que Yann mais il fallait qu’il aille moins vite, plus bas pour arriver à faire la même VMG. »

Au sujet de Hugo Boss :

« Après il y a Hugo Boss… On a raté quelque chose, c’est sûr. On savait depuis le dernier Vendée Globe qu’au vent arrière il était super rapide. Il avait transpercé la flotte sur la descente de l’Atlantique Nord alors qu’il avait foiré le passage de l’anticyclone des Açores… Alex a fait une super belle course, il a été audacieux dès le départ. Il n’a pas été payé à la fin mais malheureusement c’est le jeu de la course… Comme pour d’autres, c’est souvent ingrat. C’est cela aussi qui fait la beauté du sport. »

CLASSEMENT DE LA ROUTE DU RHUM – DESTINATION GUADELOUPE

  • 1- Paul Meilhat – SMA
  • 2- Yann Eliès – UCAR StMichel
  • 3- Alex Thomson – Hugo Boss
  • 4- Vincent Riou – PRB

Voir en ligne : Info presse Effets Mer / sport.prb.fr/voile

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